
[Un an d’absence. Quelle histoire qu’aura été la mienne au cours de cette dernière année. Est-ce un retour de votre humble chroniqueur? Je tente l’expérience. Après tout, même Céline aura connu des sabbatiques…
Novembre 2007. C’était il y a un an exactement.
Je m’apprêtais à entreprendre la rédaction de ma 63ème chronique lorsque, inexplicablement, la température de la pièce se fit sibérienne et mon corps fut envahi par une hypothermie foudroyante. Frissons, tension artérielle en chute libre, pouls fugitif et confusion montante.
L’on transporta mon corps à l’hôpital où mes médecins entreprirent de me réanimer, mais en vain. Manifestement, les 100 000 années que mon corps avait passées au creux d’un iceberg n’avaient pas été sans conséquences. Tôt ou tard, je devais en subir les contrecoups. Cette heure-là venait de sonner.
Tandis que l’on s’afférait à m’oxygéner, à électrocuter mon cœur et à éveiller mes sens vitaux, je me sentis évasivement m’aliéner de mon propre corps pour m’élever tout juste à côté du plafonnier, d’où je pu observer l’équipe médicale s’acharner sur moi jusqu’à ce que le diagnostique fatal ne tombe froidement : « coma stade 3 ».
Je suis resté là, flottant en lévitation au haut de la pièce, à contempler mon corps perforé de fils, de boyaux et de solutés, figé et atonique, à attendre que quelque chose n’arrive. Mon attente aura duré un an.
Le 8 novembre 2008, j’étais toujours là, observant d’en haut avec désir ce bel infirmier masser avec passion mon corps flaccide, lorsque j’entendis un bip retentissant de mon moniteur cardiaque. Quelqu’un cria « Code rouge! », mais déjà je me voyais tourbillonner dans ce couloir translucide d’où je pu refaire le chemin de ma vie en instantané, revoyant Maman-Erectus, les membres de ma tribu primitive, ma chute dans la glace, mon dégel en 2006, mon apprentissage de ma nouvelle civilisation, mes premiers amours et que sais-je encore.
Et puis la lumière fut !
Une lumière éblouissante, encore plus étincelante qu’un éclair d’été. Un jet de lumière, de chaleur et d’amour infini. J’ai bien compris alors que j’assistais à ma propre mort et que Dieu s’apprêtait à m’accueillir en Son royaume enfin et pour toujours.
C’est alors que j’ai entendu – ou plutôt ressenti – une voix grave m’interpeller tout en douceur :
« Omo-Erectus, tu as été un grand pécheur, mais aujourd’hui Mon Royaume des Cieux t’accueille dans l’amour et la rédemption… Y a-t-il quelque chose que tu désires avant d’entrer dans ta demeure éternelle? », fit la voix solennelle. « Certes » fis-je, « ce mignon infirmier qui si longtemps aura massé mon corps, vous n’auriez pas son numéro de téléphone par hasard? »
Tout s’est alors abruptement embrouillé, La lumière s’est consumée et la voix s’est éteinte dans une lamentation à peine perceptible : « …irrécupérable…».
Quand je me suis réveillé, une équipe médicale s’afférait à me stabiliser. Je sentais à nouveau l’oxygène pénétrer dans mes poumons et mes sens vitaux se revivifiaient. Je revenais à la vie.
Au fond de ma salle de réanimation, un infirmier assistait à la scène, en souriant.

















